Condamnation à mort de Joseph Kabila : “En quoi ce verdict résout-il les crises en RDC ? ”
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L’ancien président congolais, accusé d’intelligence avec les groupes armés dans l’est du Congo et de crimes de guerre, a été condamné à la peine de mort par la Haute Cour militaire de Kinshasa. Un verdict susceptible de miner le retour éventuel de la paix dans l’est du pays ainsi que le dialogue national, selon la presse africaine.
Condamné à mort par la justice militaire congolaise ce 30 septembre, à l’issue d’un verdict lu durant plus de quatre heures, Joseph Kabila a été “reconnu coupable de crimes de guerre, de meurtre, d’agression sexuelle, de torture, de participation à un mouvement insurrectionnel, de complot et de soutien au terrorisme, entre autres crimes”, résume The New York Times.
Âgé de 54 ans, l’ancien président a été jugé par contumace. En exil depuis 2023, il est réapparu en mai à Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, passé aux mains du groupe rebelle M23, soutenu par le Rwanda. Son jugement intervient alors que la guerre dans cette partie orientale de la République démocratique du Congo (RDC) fait l’objet de pourparlers de paix à Washington et à Doha.
À cet égard, le verdict ne risque-t-il pas de se révéler “contre-productif”, comme l’avance le site d’info guinéen Le Djely ? Si Joseph Kabila n’a “jamais été un enfant de chœur”, concède le titre, “la décision rendue par la Haute Cour militaire comporte plus de risques que de solutions pour le Congo”. Elle peut notamment nourrir la vengeance, alors que “l’État congolais a déjà montré ses limites dans la défense de l’intégrité du territoire”.
“En quoi ce verdict résout-il les crises en RDC ?” interroge, au diapason avec son confrère guinéen, le quotidien burkinabè Aujourd’hui au Faso. Étant donné les “atomes crochus” existant a priori entre Joseph Kabila et certains représentants de la coalition de groupes armés AFC (Alliance du fleuve Congo)-M23, “ça va se corser” à Washington et à Doha, craint-il. “Déjà sur le terrain, le M23 continue royalement à ignorer les [engagements pris] dans la capitale américaine en prenant par les armes des localités”, ajoute ce média.
“Kabila hors-jeu, tensions à l’est renforcées”, abonde encore le titre kinois Le Potentiel. Cette décision, perçue comme “un tournant majeur dans l’histoire politique récente du pays”, ouvre “un champ d’incertitudes aux dimensions politiques, diplomatiques et sécuritaires”, estime-t-il. Outre le risque d’“enflammer les tensions dans l’Est”, elle pénalise le futur dialogue politique préconisé par les confessions religieuses (catholicisme et protestantisme), en l’éloignant d’un “compromis avec les anciens dignitaires accusés de collusion avec la rébellion”. En effet, l’opposition proche de Kabila ne pourra plus être considérée comme un “acteur légitime” de ce dialogue.
Très remonté, le Front commun pour le Congo (FCC), plateforme politique de l’ancien président Joseph Kabila, a aussitôt dénoncé une “restauration de la dictature” et qualifié la condamnation de “chronique d’un meurtre annoncé”, lit-on encore dans Le Potentiel.
De son côté, la Chaire congolaise des droits de l’homme “a dénoncé ce verdict, le qualifiant de ‘justice de vengeance et partiale’”, tout en décriant le “manque de respect des droits de la défense”, écrit Radio Okapi.
Par Agnès Faivre sur https://www.courrierinternational.com/article/justice-condamnation-a-mort-de-joseph-kabila-en-quoi-ce-verdict-resout-il-les-crises-en-rdc_235765
