1er mai 1980 : les enseignants du Zaïre adressent un mémorandum au Président Mobutu Sese Seko
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CE JOUR-LÀ… 1er mai 1980, à l’occasion de la célébration de la fête des travailleurs, les enseignants du Zaïre adressent un mémorandum au Président Mobutu Sese Seko. Dans ce document au ton incisif, ils dénoncent ce qu’ils qualifient de dérive du régime et accusent la “bourgeoisie nationale” (à la fois capitaliste et compradore) d’avoir instauré une forme d’exploitation de l’homme par l’homme “des plus odieuses”.
=> À l’appui de leur démonstration, les enseignants zaïrois avaient exposé les rémunérations mensuelles allouées à certains dignitaires du Parti-État, le Mouvement Populaire de la Révolution (MPR) :
– Compagnon de la Révolution : 45 000 zaïres
– Commissaire politique : 35 000 zaïres
– Commissaire d’État : 30 000 zaïres
– Commissaire du peuple : 35 000 zaïres
– Officiers généraux : 11 000 zaïres
=> Le mémorandum des enseignants allait plus loin, accusant ces mêmes responsables d’être impliqués dans des pratiques spéculatives : commerce illicite, trafic de pierres précieuses, manipulation monétaire, importations et exportations frauduleuses. Autant d’activités qui, selon eux, nourrissaient une classe d’exploiteurs du peuple et participaient à l’enracinement de ce que l’opinion appelait alors “le mal zaïrois”.
=> En contraste, les enseignants zaïrois décrivaient la condition de la classe laborieuse, qu’ils estimaient traitée avec mépris. “On nous jette les miettes”, écrivaient-ils. À titre d’illustration, ils avaient fourni ces détails dans leur mémorandum :
– Un licencié de l’Université nationale du Zaïre (UNAZA), enseignant au secondaire, percevait 280 zaïres par mois;
– Un gradué : 260 zaïres
– Un diplômé des humanités : 150 zaïres
– Un D4 (quatre années post-primaires) : 124 zaïres
– Un huissier : 80 zaïres par mois
“À une époque où un sac de manioc coûte environ 90 zaïres, ces chiffres traduisent, selon nous, une précarité extrême”, avaient-ils conclu dans le mémorandum.
=> Enfin, les enseignants zaïrois soulignaient que cette situation ne leur était pas propre, mais qu’elle reflétait plus largement la réalité de l’ensemble des fonctionnaires de l’administration publique, ainsi que des secteurs paraétatiques et privés.
=> S’adressant directement au chef de l’État, les enseignants zaïrois déclaraient, à titre de conclusion à leur mémorandum : “Décidément, Citoyen Président, nous avons constaté que vous ne travaillez que pour la bourgeoisie exploitante du pays…”. Puis, ils formulèrent ces quelques revendications sans équivoque :
– La démission immédiate du Président Mobutu, mettant fin à ce qu’ils qualifiaient d’autocratie;
– La suppression du Mouvement Populaire de la Révolution (MPR), accusé d’avoir trompé les masses populaires.
Par Benjamin Babunga Watuna | @benbabunga sur https://x.com/benbabunga/status/2050151605127848218?s=20
