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Le Blog de Barnabé KIKAYA Bin KARUBI

#DRC – Qu’est-ce qui s’est vraiment passé — dans ces trente dernières années ?

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La crise actuelle en RDC résulte de la convergence de trois enjeux.

Premièrement, la manipulation de la citoyenneté par les autorités coloniales et postcoloniales à travers les notions d’ethnicité et d’indigénéité, entraînant la marginalisation des tribus congolaises désignées sous le nom de Banyarwanda (composés de Hutus et de Tutsi) et des Banyamulenge (Tutsi).

Deuxièmement, les violences politiques et ethniques au Burundi entre 1993 et 1998, marquées par un coup d’État militaire et l’assassinat du premier président démocratiquement élu, Melchior Ndadaye.

Troisièmement, le génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda en 1994.

Le focus sur la première et la deuxième raison

En RDC (alors Zaïre), le président Mobutu a exploité l’arrivée de plus d’un million de réfugiés rwandais en attisant l’hostilité et la violence déjà existantes contre les populations autochtones hutu et tutsi. Mobutu a mobilisé les centaines de milliers de combattants ayant perpétré le génocide contre les Tutsi au Rwanda afin de les réentraîner et d’attaquer le Rwanda.

En reaction, le gouvernement rwandais, après le génocide, est intervenu en RDC pour poursuivre les anciens auteurs du génocide. Cet événement a coïncidé avec une série de persécutions des Tutsi congolais par le gouvernement zaïrois, qui ont conduit à la formation de l’alliance des Forces démocratiques de libération du Congo (AFDL), dirigée par Laurent Kabila. L’AFDL était soutenue par de nombreux Congolais non-Tutsi et par quelques centaines de jeunes Tutsi congolais ayant rejoint le Front patriotique rwandais (FPR) dans les années 1990 (pour protester contre leur marginalisation en RDC).

Initialement, l’AFDL a bénéficié d’un soutien populaire massif, tant au niveau régional qu’international. Cependant, peu après avoir renversé Mobutu, elle est devenue impopulaire dans l’ouest de la RDC en raison de ses mesures répressives contre l’opposition, les Églises et l’activisme de la société civile.

En 1998, la RDC s’enfonça dans un nouveau conflit armé sous la bannière du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD).

L’impact de guerres provoquées par la gouvernance interne

Ces deux guerres entraînèrent des massacres parmi de nombreuses populations de l’est du Congo. Les forces gouvernementales et des membres de divers groupes ethniques de l’est du Congo perpétrèrent des massacres de Banyarwanda au Nord-Kivu et de Banyamulenge à Nganja, Baraka et Lweba, ainsi que d’autres Tutsis à Kinshasa, Lubumbashi, Kalemie et Kamina, dans les zones contrôlées par le gouvernement, durant la rébellion du RCD. Des massacres de groupes ethniques non-Tutsi eurent également lieu à Makobola, Kasika, Katogota et Remera (pendant la rébellion du RCD) en confratations avec des divers groupes armés locaux (Mayi Mayi) et étrangers (FNL, CNDD-FDD et FDLR).

Ces guerres répétées et les massacres qui en découlèrent engendrèrent un climat de psychose et de méfiance parmi de nombreux groupes ethniques et exacerbèrent la haine déjà existante envers les Tutsi congolais. Pourtant, tous les groupes ethniques de la RDC faisaient partie de ces rébellions, et le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda n’étaient que des partenaires.

Une sensation d’humiliation s’ajoute au sentiment de haine.

Dans la conscience collective de nombreux Congolais, l’AFDL symbolisait l’humiliation du peuple de la RDC. Une version largement répandue veut que le FPR rwandais, petit pays voisin, ait collaboré avec les congolais, pris le contrôle de l’immense Zaïre via sa capitale, renversé le pouvoir politique, démantelé les institutions et installé un candidat de son choix à la présidence.

Laurent Kabila et plus de 95 % de ses collaborateurs sont dédouanés, tandis que le Rwanda et les Rwandophones congolais (Tutsis) sont maudits.

Lors de la seconde guerre, entre 1998 et 2003, les sentiments d’humiliation et de haine envers le Rwanda et les personnes de culture et d’héritage linguistique rwandais se sont exacerbés. Il est toutefois essentiel de noter que la rhétorique xénophobe et ethnonationaliste contre les “Rwandais” (Tutsi) congolais existait déjà avant l’invasion rwandaise du Zaïre.

Les violences actuelles et persistantes résultent de la combinaison des conséquences du conflit susmentionné, de l’instrumentalisation continue des politiques identitaires à des fins politiques et de problèmes de gouvernance interne non résolus. Ces violences se manifestent par des raids interethniques, la diffusion de messages violents, les attaques par des drones, le pillage de bétail, la destruction de villages entiers, des déplacements massifs de population, des exils forcés, des massacres, des lynchages et des actes de cannibalisme.

Une réflexion morale

La crise en RDC ne se résout pas parce que les gouvernants à Kinshasa ne s’approprient pas cette histoire. La masse congolaise connaît un problème sérieux d’éducation civique. Les réactions aux problèmes congolais se caractérisent par des incohérences et des arguments aveugles et dépourvus de sens critique. Comme la RDC ne s’approprie jamais ses problèmes, elle ne sait pas non plus négocier les solutions, ou les solutions sont importées. La seule stratégie que l’État congolais s’approprie est l’instrumentalisation de cette crise à des fins politiciennes. Aujourd’hui, la RDC exploite les médiateurs de la paix pas pour obtenir une paix, mais pour agir (sans le savoir) comme un pont qui pourrait permettre au gouvernement d’atteindre un troisième mandat.

Par Alex Mvuka Ph.D. |@AlexMvuka sur https://x.com/AlexMvuka/status/2049982889215893620?s=20

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